Les voyages du verre - Objets voyageurs

Vierge de douleur. Auteur : Mihaela Bercea. Roumanie, Brad, 2003.

Vierge de douleur
Peinture sous verre. Auteur : Mihaela Bercea.
Roumanie, Brad, 2003.
Verre peint, peinture à l'huile, revers cartonné.
Hauteur : 32,8 cm, largeur : 29,1 cm.
N°inv. : 2003.168.4.1 à 8.
© Photo MCEM - Edouard de Laubrie

La Vierge de douleur est un thème fréquent des peintures sous verre. Elle associe la représentation de la Crucifixion, Dieu le Père, le Saint Esprit et les anges. La Vierge est vêtue de noir.

Les peintures sous verre

Le verre, support d'un art populaire

Dans les pays d'Europe et de Méditerranée, les peintures sous verre ont connu une très grande faveur dans les milieux populaires. Peu coûteuses, elles étaient largement diffusées, achetées lors des pélerinages (cas des images pieuses de Sandl en Autriche par exemple) ou trônant en bonne place dans la maison ou les lieux publics (cafés dans le monde arabe). Aujourd'hui, elles se destinent aussi bien à la population locale qu'au marché touristique. Pour les pays de l'ex bloc communiste, c'est une activité devenue très attractive car rémunératrice et demandant peu de moyens. En effet, on utilise aujourd'hui du verre industriel et des pigments artificiels. La production contemporaine d'icônes dans cette zone est donc liée aux débouchés commerciaux. Néanmoins, pour certains artistes, la peinture d'icônes va bien au-delà de la simple expression plastique et devient un véritable mode de vie, une manière de réaffirmer sa ferveur religieuse. Tous s'accordent à dire que pour peindre, il est important de connaître la Bible et les Evangiles. Beaucoup s'inscrivent dans le respect de la tradition iconographique byzantine, mais tendent à la dépasser en donnant une interprétation plus personnelle (association de thèmes religieux, recomposition des icônes, gamme chromatique différente). Les icônes sur verre sont en effet plus libres que les icônes sur bois codifiées depuis des siècles. Les sujets religieux connaissent un renouveau et certains thèmes iconographiques remportent un franc succès : la Vierge à l'enfant, la Vierge de douleur, Saint Georges, Saint Nicolas ou Elie sur son char... Les sujets profanes très en vogue pendant la période communiste connaissent encore une certaine faveur en Pologne et en Autriche avec des thèmes folkloriques, ce qui n'est pas le cas en Roumanie.

Saint Georges terrassant le dragon. Auteur : Alexandru Iachimovsky. Roumanie, Bucarest, 2003.

Saint Georges terrassant le dragon
Peinture sous verre. Auteur : Alexandru Iachimovsky.
Roumanie, Bucarest, 2003.
Verre peint, huile et tempera, revers cartonné.
Hauteur : 37,2 cm, largeur : 34,8 cm.
N°inv. : 2003.171.1
© Photo MCEM - Danièle Adam

Le peintre a pris quelques libertés par rapport à l'iconographie traditionnelle sur bois : le dragon est doré. Néanmoins, il puise parmi les sujets fréquemment représentés.

Saint Georges terrassant le dragon. Auteur : Mihaela Bercea. Roumanie, Brad, 2003.

Saint Georges terrassant le dragon
Peinture sous verre. Auteur : Mihaela Bercea.
Roumanie, Brad, 2003.
Verre peint, peinture à l'huile, revers cartonné.
Hauteur : 29,4 cm, largeur : 28,8 cm.
N°inv. : 2003.168.1
© Photo MCEM - Edouard de Laubrie

Autre représentation de Saint Georges par une artiste roumaine, Mihaela Bercea. Contrairement à celle d'Alexandru Iachimovsky, le bleu est peu présent dans sa gamme chromatique. L'artiste aime l'aspect primitif des icônes. Pour s'adapter aux goûts du public, elle utilise la feuille d'or à la différence des icônes traditionnelles de Nicula, grand centre de peintures sous verre en Roumanie. Saint Georges est un des thèmes les plus demandés. Les icônes de Mihaela Bercea sont souvent offertes à l'occasion des cérémonies marquant les âges de la vie (baptême, mariage, anniversaire...).

Dans le monde islamique, les peintures sous verre représentent des personnages issus des récits légendaires, tels Antar et Abla, des personnages vénérés comme Ali ou des lieux sacrés, tels que la Mecque ou Médine. Sur l'autre rive de la Méditerranée, la peinture sous verre est un art qui conte et se raconte, car les œuvres sont étroitement liées à des récits diffusés par des textes anciens et transmis plus tard par des conteurs. Ces récits circulaient dans la population qui en conservait le souvenir. C'est pourquoi ces œuvres constituaient une sorte de langue identitaire et de ciment communautaire, à travers la combinaison du visuel et de l'écrit. Les peintures sous verre sont souvent accompagnées de mentions écrites qui jouent un rôle d'aide à la lecture de l'image. Ces mentions calligraphiées peuvent être des versets coraniques, des noms de personnages ou de lieux, ou des explications concernant les aspects symboliques du sujet représenté. Les peintures présentent souvent un caractère précieux dû à l'emploi de la calligraphie et de l'or pour les citations du Coran, ainsi qu'un grand souci ornemental, avec un décor foisonnant laissant peu de place au vide.

Antar et Abla sur leurs montures. Auteur anonyme. Tunisie, première moitié du XXe siècle.

Antar et Abla sur leurs montures
Peinture sous verre à rehauts d'or. Auteur anonyme.
Tunisie, première moitié du XXe siècle.
Hauteur : 47,7 cm et largeur : 59,5 cm.
N°inv. : 2002.74.1
© Photo MCEM - Liliane Kleiber

L'histoire d'Antar et d'Abla a circulé et continue à être racontée dans tout le monde arabe où elle jouit d'une immense popularité. Elle est également connue dans l'aire turque et persane. Antar a réellement existé. Poète chevalier, il vécut entre la fin du VIe et le début du VIIe siècle (période pré-islamique). Fils illégitime de l'émir de la tribu de Abs et d'une esclave noire d'Abyssinie, il fut d'abord traité en esclave, puis parvint par sa bravoure au combat, à se faire reconnaître par son père et accéder au statut d'homme libre. Il consacra l'essentiel de sa vie au service de sa dame, la princesse Abla qui lui fut refusée plusieurs fois par son père. Il finit néanmoins par l'épouser au prix de nombreuses épreuves et de durs combats. Défenseur des faibles et des femmes, il est le recours des classes opprimées. Il correspond au critère du preux tel qu'il est célébré dans les romans courtois du Moyen-Age occidental. Mais c'est surtout son œuvre poétique qui lui a valu l'estime de son entourage. Ses poèmes étaient exposés publiquement lors des grandes foires de La Mecque et portaient le titre de « joyaux ou pendentifs. » Le serpent, signe de fécondité, qui est placé entre les deux personnages marque le lien qui les unit. Au-dessus d'Antar, on peut lire « Antar ben Chedar » (Antar fils de Chedar) et au-dessus de Ebla, on peut lire « Ebla ibnat Mâlik » (Ebla fille de roi). Ces représentations picturales étaient suspendues aux murs des cafés, dans les boutiques de barbiers et dans les habitations privées.

La peinture sous verre en terre d'Islam pose question puisqu'elle fait intervenir la figuration dans une culture picturale dominée par l'abstraction. Parmi les peintres les plus connus, citons Mahmoud Feriani pour la Tunisie, Abou Sobi al Tinâwi pour la Syrie et Mehmet Ali Katranci pour la Turquie. Le Musée a acquis un certain nombre de ces peintures, ainsi que celles d'Othman Khadraoui, artiste tunisien contemporain dont les œuvres, qui représentent des scènes intérieures de hammam, sont en rupture avec la tradition. Le MCEM a également collecté un certain nombre de peintures sous verre représentatives des productions contemporaines en Pologne, en Roumanie, en Tchéquie et en Autriche.

La masseuse. Auteur : Othman Khadraoui. Tunisie, 1980.

La masseuse
Peinture sous verre. Auteur : Othman Khadraoui.
Tunisie, 1980.
Hauteur : 45 cm, largeur : 35 cm.
N°inv. : 2003.30.2
© Photo MCEM - Liliane Kleiber

Au centre d'une niche à claveaux noirs et blancs, une masseuse à mi-corps et en perspective frontale masse une femme allongée. En bas, on distingue des accessoires de bain. Sur la serviette, ainsi que sur le montant droit du mur, figure la signature de l'artiste, né en 1938. Par ses représentations de corps au hammam, Othman Khadraoui ne s'inscrit pas dans le registre illustratif traditionnel : il apparaît plutôt comme un peintre de la vie quotidienne.