Les voyages du verre - Objets voyageurs

Barque de Credo ou Le voilier des Sept Dormants. Auteur anonyme. Peinture sous verre. Turquie, première moitié du XXe siècle.

Barque de Credo ou Le voilier des Sept Dormants
Peinture sous verre. Auteur anonyme.
Turquie, première moitié du XXe siècle.
H. 45 cm, L. 55,5 cm.
Inv. 2002.74.4
© Photo MCEM

Bateau à dix rames arborant le drapeau de l'Islam, représenté sous forme de calligraphie ornementale. Le récit des Sept Dormants d'Ephèse constitue une référence religieuse chrétienne représentée également dans l'art islamique.

Les peintures sous verre

La technique de la peinture sous verre remonte à l'Antiquité. On en a trouvé des exemples dans les civilisations assyrienne et phénicienne. Introduite à Venise au Moyen Age, elle atteint sa pleine maturité dans la deuxième moitié du XVIe siècle avec la diffusion d'un verre limpide et pur, notamment grâce à l'influence des verriers byzantins installés à Venise depuis le XIIIe siècle. Venise devient alors un des centres de production de cet art savant qui tend à devenir dès le XVIe-XVIIe siècle un art populaire. Au XVIIe-XVIIIe siècle, la peinture sous verre se développe en France, en Espagne, en Allemagne du Sud puis dans toute l'Europe centrale et de l'Est. Le XIXe siècle marque l'apogée de cette technique picturale mais aussi le début de son déclin avec l'invention et la diffusion de la chromolithographie. Dans la dernière décennie du XXe siècle, les peintures sous verre connaissent un regain d'intérêt, notamment dans les pays de l'ancien bloc communiste (Tchéquie, Pologne, Roumanie...). Elles constituent en effet un moyen d'expression d'une nouvelle ferveur religieuse. Au sud et à l'est de la Méditerranée, on trouve également une importante production de peintures sous verre, qui présente des caractéristiques proches de celles de l'Europe occidentale : couleurs éclatantes, force du dessin, sujets traités à la manière de stéréotypes. La technique de la peinture à l'envers sur un support en verre ou un miroir ne connaît que de légères variantes. Aussi a-t-on souvent attribué cette tradition artistique à une influence européenne. Le développement de la fabrication des miroirs à Venise entraîna d'ailleurs un usage accru de ce support pour la peinture en Tunisie et au Levant. En fait, selon l'opinion généralement répandue, ce seraient les Turcs qui auraient introduit la peinture sous verre en Tunisie ainsi que dans d'autres régions de l'Empire ottoman, notamment en Syrie et en Egypte. On peut en effet supposer que des peintres chrétiens, mais sujets ottomans, aient exercé leur art dans les possessions européennes de la Turquie. Et ceci notamment dans les Balkans, zone de contact rapprochée entre les deux mondes. Mais en définitive, il est plus vraisemblable que la peinture sous verre dans le monde islamique soit issue des anciennes traditions illustratives irakiennes et persanes, comme les célèbres illustrations du Makamat al Hariri d'Al Wasti, paru en Irak en 1237. D'ailleurs, les peintures sous verre islamiques sont presque toujours accompagnées de mentions écrites qui jouent un rôle d'aide à la lecture de l'image. Cet art de la représentation issu de l'illustration des livres, conjugué au souvenir des traditions décoratives des verriers musulmans, s'est trouvé confronté à partir du XIXème siècle aux modèles occidentaux diffusés à travers l'Empire ottoman. Des thèmes communs comme L'Arche de Noë ou La barque des Sept Dormants cheminent d'ailleurs entre les deux cultures.