Les voyages du verre - Objets voyageurs

Fumeurs de narguilé. Egypte, Le Caire, 2002.

Fumeurs de narguilé
Egypte, Le Caire, 2002.
© Jean-Paul Aubertin.

En Egypte, l'habitude de fumer serait apparue au début du XVIIe siècle. Aujourd'hui, le narguilé est présent partout et se donne à voir. Sa consommation est fréquente et populaire.

Café de Maadi. Egypte, Le Caire, 2002.

Café de Maadi
Egypte, Le Caire, 2002.
© Sébastien Jallade.

Le narguilé égyptien, la «shisha» est composé le plus souvent d'un vase en verre, d'un mât et d'un fourneau en métal (le terme «shisha» désignait d'ailleurs à l'origine la partie métallique du narguilé puis le mot s'est étendu à l'objet lui-même). On fume le plus souvent un tabac parfumé que Ka- mal Chaouachi appelle «tabamel», le parfum à la pomme étant de loin le plus courant. Le préparateur de narguilés apporte les narguilés aux clients et passe également avec un seau de braises pour raviver les foyers.

Café de Maadi. Narguilé au bord de l'eau. Egypte, Le Caire, 2002.

Café de Maadi. Narguilé au bord de l'eau.
Egypte, Le Caire, 2002.
© Sébastien Jallade.

Aujourd'hui, dans des pays où le désert n'est jamais très loin, le narguilé accompagne aussi les sorties en famille vers les espaces verts ou les cours d'eau. C'est également un moment de détente, où l'on jouit de la vue du ciel et du spectacle de l'eau.

Intérieur du café Noffara. Syrie, Damas, 2003.

Intérieur du café Noffara
Syrie, Damas, 2003.
© Liliane Kleiber.

Le café Noffara situé derrière la Grande mosquée des Ommeyyades est l'un des derniers établissements à perpétuer la tradition du conteur. Vers le crépuscule, celui-ci, assis sur une sorte de cathèdre raconte à un public assidu des histoires semi-légendaires ou épiques tirées de la vie des anciens Arabes comme celui d'Antar et Abla. Au moment le plus captivant, le conteur s'arrête pour inviter son public à écouter la suite du récit le lendemain. Le narguilé accompagne agréablement une écoute attentive.

Intérieur du café de M. Awad. Paris, rue de la Contrescarpe.

Intérieur du café de M. Awad
Paris, rue de la Contrescarpe.
© Claire Laronde.

Tentures égyptiennes, tables en marqueterie, banquettes...
Les décors des cafés à narguilé parisiens reproduisent le modèle du café oriental à l'ancienne.

Le Café égyptien. Paris, rue Mouffetard, 2002.

Le Café égyptien
Paris, rue Mouffetard, 2002.
© Claire Laronde.

Le Café égyptien a ouvert ses portes en 1996. A Paris, les cafés à narguilé se sont développés ces dernières années et sont largement fréquentés par un jeune public, notamment d'étudiants. Ici, le narguilé attire l'œil, exposé derrière les vitrines. A la fois objet décoratif dans la tendance « néo-orientaliste » et objet d'appel pour une clientèle rêvant d'exotisme ou exprimant le désir de découvrir un des lieux symboliques de la culture arabe.

Le narguilé

Les cafés à narguilé, lieux de sociabilité

Le narguilé s'est développé au tournant des XVIe et XVIIe siècles au Proche-Orient, selon une évolution indépendante de celle des cafés, auxquels il a été associé par la suite. Il connaît aujourd'hui un regain d'intérêt tant au Maghreb qu'au Moyen-Orient. Il s'est également introduit en Europe, où l'on voit depuis peu apparaître les cafés à narguilé. Il existerait aujourd'hui plus de cinquante établissements à Paris servant des narguilés, souvent décorés à l'orientale (moucharabieh, banquettes et coussins, tentures égyptiennes, meubles en marqueterie...). Ils se concentrent essentiellement dans les quartiers Mouffetard et Belleville-Oberkampf. Au Moyen-Orient comme en Egypte, le narguilé est étroitement lié à la conversation, à l'écoute de la musique ou de la poésie ou encore de récits légendaires. Il s'accompagne de jeux comme le trictrac, les dames ou les échecs. L'un de ses lieux de consommation privilégiés est le café. Au Yemen en revanche, il se fait plus discret. La pratique de la « medê'a » (narguilé local) se déroule dans un contexte privé ou dérobé au regard du public et se superpose à une autre habitude culturelle, la consommation du qât.

Si on fumait beaucoup le narguilé dans les cafés, celui-ci n'en faisait pas moins partie intégrante de la vie privée. Cette pratique avait cours dans toutes les classes sociales, tant parmi les femmes que parmi les hommes. La véritable distinction qui régissait son utilisation, publique ou privée, renvoie à la répartition entre espaces masculins et féminins : pour les hommes, le narguilé se consommait au café ou dans la partie publique de la maison ; pour les femmes, au hammam ou, lorsque le bain public perdit de son importance, dans les espaces de la maison qui leur étaient réservés. Elles pouvaient fumer derrière les grilles ouvragées des fenêtres, les moucharabieh, tout en observant sans être vues le spectacle de la rue.
Cette différenciation sexuelle relative aux lieux de consommation du narguilé tend à s'estomper. La consommation du narguilé est pour tous un moment de partage, qui s'accompagne d'un sentiment d'égalité et de liberté par rapport aux normes sociales.

Le narguilé est en effet synonyme de convivialité. Si l'on est à plusieurs, il doit circuler entre les fumeurs. Après en avoir fumé quelques bouffées, il convient de le passer à son voisin. La pratique collective se double aujourd'hui d'une pratique individuelle. Néanmoins, le narguilé reste comparable à la « boisson socialisante » qu'est le café : il crée et entretient des liens sociaux et amicaux. Fumer prend du temps (l'inhalation de la fumée doit d'ailleurs s'effectuer avec dignité et lenteur), il favorise donc la pratique de la parole, du jeu, accompagne les matchs de football dans les cafés. Il s'accompagne quasi systématiquement de la consommation de boissons, essentiellement thé ou café.

Liliane Kleiber