Les voyages du verre - De l'invention du verre...

Verre décoré

Diaporama

Bocal en verre émaillé

Verre émaillé
Bocal en verre émaillé
Allemagne, XVIe siècle.
MCEM (dépôt du musée de Cluny).
Inv. D.74.7.1.
© Photo MCEM - Anne Maigret.

Les scènes représentent les âges de la vie, thème apparu à la fin du Moyen Age en Allemagne et qui s'est ensuite répandu dans toute l'Europe par le biais des estampes et de la peinture. L'homme apparaît dans toutes les étapes de sa vie, de l'enfance à la vieillesse.

L'émail est une matière vitreuse colorée à base d'oxydes métalliques et de fondants vitrifiables. Il se présente sous la forme de poudres très fines que l'on mélange à une substance huileuse comme la gomme arabique ou autrefois l'huile de lin et que l'on applique ensuite au pinceau sur le verre. On cuit ensuite les émaux. La température ne doit pas dépasser les 600°C. Les émaux peuvent être opaques ou transparents et plus ou moins épais selon la dilution de la pâte. Cette technique de décoration connue dès l'Antiquité s'est notamment développée avec le verre islamique dès le VIIIe siècle. Elle s'illustre alors dans des pièces raffinées à décor de fleurs, d'arabesques et de motifs géométriques, disposés en registres, où la calligraphie prend une place majeure. On y voit aussi le motif de l'arbre de vie, encadré de figures d'animaux stylisés. Pour obtenir ces motifs émaillés et dorés, les verriers musulmans utilisaient du mercure et de la poussière d'or mélangée à des résines qui permettaient de fixer celle-ci à la surface du vase, ainsi que des émaux colorés de différentes épaisseurs. Ces applications nécessitaient plusieurs recuissons. Les centres de production de ce verre émaillé et doré se situent essentiellement en Syrie, à Raqqa, Alep et Damas. Cette technique, qui a atteint son plus haut degré de perfection entre le XIIe et le XIVe siècle, a produit des verres qui sont les plus beaux jamais réalisés et qui firent l'admiration des Croisés. Elle a donné naissance à des types d'objets tels que bouteilles, coupes, gobelets, flacons à parfum appelés qomqom et surtout les admirables lampes de mosquée, lesquelles étaient souvent des commandes princières dédiées à leurs destinataires. A cette production s'ajoute celle des verres à lustre métallique, due à l'utilisation d'un vernis contenant de l'oxyde d'argent. Cette verrerie syrienne a exercé une grande influence sur celle de Byzance, ainsi que sur l'essor de la verrerie occidentale. Mais à partir de 1400, le développement du verre islamique fut brisé net par les invasions mongoles et c'est Venise qui allait bénéficier de ce déclin. Les verriers vénitiens, qui avaient ouvert le marché aux verres de Damas, passèrent maîtres à leur tour dans l'art de l'émaillage. En Allemagne, l'émaillage perdure aux XVIe et XVIIe siècles aussi bien dans la verrerie de luxe avec les « humpen » impériaux et princiers que dans la verrerie populaire avec les gobelets décorés de scènes tirés de contes populaires.

Flacon de toilette en verre peigné blanc

Verre peigné
Flacon de toilette en verre peigné blanc
XVIIIe siècle.
H. 10,9 cm.
MCEM.
Inv. 1997.20.66.
© Photo MCEM - Virginie Louis.

Le verre peigné est plus ou moins dérivé des techniques de brassage. Il est obtenu en travaillant au peigne des verres marbrés généralement bicolores. Fréquent en Europe centrale au XVIIe siècle, il est rare en France jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, où la technique devient alors une spécialité normande.

Verre lasuré rouge

Verre taillé
Verre lasuré rouge
Bohême, Johannesbad, XIXe siècle.
H. 15 cm.
MCEM.
Inv. 2002.102.1.
© Photo MCEM - Anne Maigret.

La taille du verre est un procédé de décoration qui se pratique sur du verre très dur, ce qui explique en partie le succès de ce mode de décoration au XVIIIe siècle en Bohême et en Silésie. La taille s'exécutait à froid contre des meules verticales actionnées au pied jusqu'au début du XIXe siècle, où on commence à utiliser la machine. On utilisait en fonction du résultat souhaité les parties planes, latérales ou les arêtes des meules. Ce procédé convenait parfaitement au cristal de plomb. La taille offrait des possibilités de multiplier les facettes accrochant la lumière.

Artisan en train de graver du verre

Verre gravé
Artisan en train de graver du verre
Italie, Toscane, société Vilca, 2002.
© Photo MCEM.

La gravure est une technique de décoration connue dès l'Antiquité en Egypte et à Rome. C'est une décoration qui s'applique sur le verre à froid par enlèvement de matière. Elle a été beaucoup utilisée du XVIe au XIXe siècle en Europe. Quatre méthodes de gravure se sont succédées : la gravure au diamant, à la roue, à l'acide et au sable.

La gravure au diamant était réalisée à l'aide d'un diamant monté sur une sorte de porte-mine que l'on tenait d'une main comme un crayon tandis que l'autre tenait la pièce à graver. Deux méthodes étaient employées : la gravure en ligne où la gravure était formée de traits juxtaposés, méthode employée à Venise au XVIe siècle, en Silésie et en Hollande au XVIIe siècle. La gravure en pointillé s'est surtout développée en Hollande au XVIIIe siècle. Le procédé permet d'obtenir des jeux d'ombre et de lumière.

La gravure à la roue est une technique très ancienne inspirée du travail des graveurs de pierre dure. Cette technique s'est développée en Europe au XVIIe siècle sous l'impulsion du verrier praguois Gaspard Lehmann. On a utilisé des roues de différentes matières. La roue d'acier, spécialité de Bohême et d'Allemagne, s'est implantée en France dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

La gravure à l'acide semble être connue dès le XVIIe siècle, mais on doit son développement à l'extension de l'usage de l'acide fluorhydrique mis au point à l'échelle industrielle par le chimiste Kessler dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Le procédé consiste à protéger les surfaces à réserver d'un vernis à base de cire ou de thérébenthine. On trace le dessin au poinçon puis on immerge la pièce dans un bain d'acide fluorhydrique. On rince ensuite à l'eau.

Bénitier en verre transparent incolore soufflé

Verre pastillé
Bénitier en verre transparent incolore soufflé. Les branches sont à décor de pastilles quadrillées.
France, Provence-Côte d'Azur, fin du XIXe, début du XXe siècle.
H. 25,2 cm, L. 8 cm.
MCEM.
Inv. 1966.39.2.
© Photo MCEM.

Le pastillage consiste à déposer à chaud sur des objets partiellement refroidis des ornements en verre (médaillons, fruits, coquillage, etc.), moulés à la pince plate. Ce procédé connu dans l'Antiquité gallo-romaine, se répandit dans toute la France. En France, on rencontre des pastillages représentant des fleurs de lys souvent émaillés d'or, des fruits, parfois des visages humains.

Poivrière en verre soufflé transparent incolore à décor de filigranes

Verre filigrané
Poivrière en verre soufflé transparent incolore à décor de filigranes blancs et bleus disposés en spirale
XVIIIe siècle.
H. 10,2 cm, D. 6,7 cm.
MCEM.
Inv. 1965.25.1.
© Photo MCEM.

Le XVIe siècle est marqué par l'introduction d'une technique décorative des plus raffinées : le filigrane. Elle consiste à associer des filets de verre blanc opaque ou coloré à des parties de verre incolore. On prélève du verre blanc ou coloré que l'on passe au marbre pour obtenir une forme cylindrique. On le laisse refroidir puis on le plonge dans le creuset contenant le verre fondu transparent. On prélève alors le verre dans le creuset et on le repasse au marbre pour reproduire une nouvelle forme cylindrique. On obtient donc des cannes qui seront étirées en fils dont l'intérieur sera coloré et l'extérieur transparent. Une fois refroidie, la baguette obtenue est coupée aux dimensions de l'objet à réaliser. On les dépose sur une plaque pour une mise au four. Lorsque la plaque est sortie du four, on roule une boule de verre transparente préalablement préparée sur la plaque afin que les baguettes adhèrent du côté extérieur. Celle-ci est enfin réchauffée une dernière fois et écrasée sur un des côtés pour être soufflée. Il existe plusieurs variantes du décor filigrané : le décor a reticello (losangé) est celui qui a obtenu le plus de succès. Le filigrane a retortoli se fabrique à partir de verres colorés entortillés les uns aux autres.

Gourde annulaire en verre incolore

Filets rapportés
Gourde annulaire en verre incolore. Décor de rubans de verre travaillés à la pince.
XVIIIe siècle.
MCEM.
© Photo MCEM.

Tout comme le pastillage, le filet rapporté est un mode de décoration par application à chaud. Apparue en France à la fin du XVe siècle, très largement exploité au XVIe siècle, la technique consiste à enrouler un filet de verre encore chaud, donc malléable, à l'aide de pinces autour de la pièce de verrerie.

Vase soufflé en verre bleu orné de boutons de préhension

Boutons rapportés
Vase soufflé en verre bleu orné de boutons de préhension
Iran, Téhéran, don Vesel, fin du XXe siècle.
H. 12,5 cm, D. au col : 9 cm, D. à la base : 6,3 cm.
MCEM.
Inv. 2003.162.3.
© Photo MCEM.

Les boutons sont appliqués à chaud sur l'objet achevé après avoir été soufflés, modelés ou travaillés à la pince. Dans les verres à pied, ils unissent souvent le pied et la jambe ou remplacent la jambe elle-même. A Venise, on les retrouvait sur les pièces raffinées. Ils étaient généralement soufflés dans des moules et représentaient des fruits en grappe, des têtes de lion, des visages humains.

Bague murrine réalisée par une artiste contemporaine, Isabelle Poilprez

Verre millefiori
Bague murrine réalisée par une artiste contemporaine, Isabelle Poilprez
Bague bicolore (noire et rouge) travaillée à la pince dans un tronçon de murrine.
Italie, Venise-Murano, 1999.
D. 3 cm.
MCEM.
Inv. 2002.88.1.
© Photo MCEM - Federica Tamarozzi.

Dès l'Antiquité, on a commencé à créer des pièces en verre dont le décor était inclus dans le verre. Le millefiori est probablement le plus caractéristique de ces décors. Connu dans l'Antiquité, il a été exploité couramment en Italie et a connu une grande vogue au XIXe siècle en France, en Bohême, etc. Le procédé consiste à cueillir différentes petites masses de verre coloré et à les rouler au marbre sous la forme de cylindre. Enfin, on procède à l'étirage. On peut aussi composer des cylindres par adjonction successive de plusieurs couches de verre coloré. A Murano, les verriers italiens utilisent ce procédé pour créer les cannes murrines. Ils étirent un bol de verre formé par des couches successives de couleur selon le dessin interne qu'ils souhaitent obtenir. Ils sectionnent ensuite la canne pour obtenir les murrines qui conservent donc tous les petits dessins en leur centre.

Cette bague a la particularité d'être taillée dans la masse d'un morceau de murrine. Le verre millefiori n'est plus un simple élément décoratif mais devient la matière même de l'objet. L'intérêt de l'oeuvre réside dans le détournement créatif de techniques anciennes.