Les voyages du verre - De l'invention du verre...

Histoire technique du verre dans l'espace euro-méditerranéen

Histoire technique du verre dans l'espace euro-méditerranéen
Collier en verre

ANTIQUITE
Ve - IIIe millénaire av. J.-C.

Les premiers objets en verre

Le matériau vitreux existe depuis le Ve millénaire sous forme de glaçure en Mésopotamie. Les premiers objets entièrement en verre datent du IIIe millénaire et ont été réalisés selon la technique du moulage. On trouve surtout des perles opaques et colorées.

Collier en verre
Le décor des perles est obtenu par moulage. Des rosaces et motifs végétaux encadrent une figure féminine vêtue qui porte les mains à ses seins.
Helladique récent III.
H. 2,8 cm, L. 27 cm.
Paris, musée du Louvre.
Inv. BJ652
© Photo RMN - Hervé Lewandowski

Oenochoé en verre avec décor de zigzags

ANTIQUITE
XVIe - VIe siècle av. J.-C.

La technique du noyau

Au XVIe siècle av. J.-C., la technique du verre formé sur noyau apparaît d'abord en Mésopotamie. On fabrique ainsi des objets tels que bijoux, pendentifs, amulettes et quelques récipients, vases, gobelets, coupes, flacons pour les huiles parfumées et les fards. Le verre est alors un matériau rare et précieux. Au XVe siècle av. J.-C., on retrouve la technique du noyau en Egypte. A la fin du VIe siècle av. J.-C., la technique du verre sur noyau prend un nouvel essor en Méditerranée orientale. On fabrique des contenants à huile parfumée par l'application d'un fil de verre sur un corps en argile, puis on ajoute des fils de couleurs différentes façonnés en zigzag ou en guirlande. Les vases de cette époque témoignent de l'adoption des formes grecques comme l'oenochoé, caractérisée par un corps ovoïdal, une embouchure trilobée qui repose sur une base et une anse surélevée.

Oenochoé en verre avec décor de zigzags
Technique du noyau.
Italie, fin du VIe siècle- Ve siècle av. J.-C.
H. 11,7 cm.
Paris, musée du Louvre.
Inv. Cp8704
© Photo RMN - Hervé Lewandowski

Coupe à décor mosaïqué

ANTIQUITE
Ve - IIIe siècle av. J.-C.

L'invention du verre mosaïque

Les verriers égyptiens inventent au Ve siècle av. J.-C. le verre mosaïque. Au IIIe siècle av. J.-C., l'Egypte joue un rôle important dans l'invention de la vaisselle en verre mosaïque. Les formes les plus courantes sont des vases ouverts, des assiettes à bords évasés, des bols coniques ou hémisphériques. Dès la fin de l'époque hellénistique, la production de verre mosaïque s'accroît. L'Italie est aussi producteur.

Coupe à décor mosaïqué
Décor mosaïqué de spirales vertes et bleues et de carrés irréguliers blancs et jaunes.
Italie, site de production incertain, 1ère moitié du Ier siècle av. J.-C. - début Ier siècle ap. J.-C.
D. 11,7 cm.
Paris, musée du Louvre.
Inv. S2472
© Photo RMN - Hervé Lewandowski

Vase en verre

ANTIQUITE
Ve - IIIe siècle av. J.-C.

Alexandrie, centre de nouvelles inventions dans l'art du verre

Avec le nouveau centre culturel du Proche-Orient, Alexandrie, le savoir verrier se déplace. On y perfectionne le décor à l'émail, on y expérimente une dernière innovation technique : le verre sandwich or qui consiste à placer entre deux couches de verre une feuille d'or gravée. Alexandrie a également joué un rôle dans le développement de la technique des verres polychromes. C'est vraisemblablement aussi à Alexandrie qu'apparaît le verre reticelli : l'objet est constitué de fils de deux couleurs disposés dans un moule et qui s'enroulent en escargot à partir du fond de l'objet. La technique est représentée par des bols hémisphériques de grande taille.

Vase en verre
Technique reticelli. Un filet bleu a été utilisé pour la lèvre.
Cyzique, Ier siècle ap. J.-C.
H. 4,2 cm, D. 9,7 cm.
Paris, musée du Louvre.
Inv. MND763
© Photo RMN - Hervé Lewandowski

Amphorisque en verre soufflé

ANTIQUITE
Ier siècle av. J.-C.

Le soufflage, révolution de l'art verrier

Dans la première moitié du Ier siècle av. J.-C., une nouvelle technique de fabrication du verre naît au Moyen Orient, le soufflage. La découverte de la canne du verrier (tige creuse en métal pour souffler le verre) entraîne une véritable révolution de l'art du verre. Attribuée aux Phéniciens, elle a permis de fabriquer des objets en verre plus facilement, plus rapidement et à moindre prix. La technique gagne progressivement le monde romain, les différentes régions du Bassin méditerranéen avant de conquérir l'Europe entière. La technique du soufflage dans un moule, née également dans la zone de Syrie, Palestine facilite l'exécution des formes complexes, décorées en relief.

Amphorisque en verre soufflé
Des filaments de verre coloré ont été placés à chaud à la surface de l'objet, s'enroulant en spirale autour de la forme soufflée.
Palestine, Syrie, découverte (Athienou), vers 300 ap. J.-C.
H. 15 cm.
Paris, musée du Louvre.
Inv. AM1715
© Photo RMN - Franck Raux

Gobelet à pastilles de couleur

MOYEN AGE ET RENAISSANCE
Ve siècle ap. J.-C.

Le pastillage

L'éclatement de l'Empire romain provoque d'une certaine manière la décadence de l'art du verre. Cologne devient un des centres de production. On y perfectionne les méthodes orientales de décoration à chaud : filaments enroulés en jouant du contraste entre la pièce en verre incolore et le filament coloré ou les nodules colorés inclus dans la masse. Le pastillage devient une décoration commune. Des pastilles colorées sont appliquées par pression sur la surface du verre. Ces éléments pouvaient avoir des formes géométriques ou représenter des animaux.

Gobelet à pastilles de couleur
France, Breny, fin du IVe - début du Ve siècle.
H. 9,5 cm, D. 10,8 cm.
Saint-Germain-en-Laye, musée des Antiquités nationales.
Inv. MAN41045
© Photo RMN - Gérard Blot

Gobelet à décor perlé, doré et émaillé

MOYEN AGE ET RENAISSANCE
VIIe siècle ap. J.-C.

Les verres islamiques

Les verriers du Moyen-Orient, d'Egypte inventent les « lustres » : ils appliquent sur le verre une peinture à base de poudres de cuivre ou d'argent puis le verre est passé au four pour la cuisson. Les verriers de cette région passent maîtres dans l'art des émaux colorés et des dorures. Les thèmes sont variés et vont des lignes décoratives à la représentation de scènes et de personnages. Une large place est faite à la calligraphie. Cet art a atteint son aboutissement dans les lampes de mosquées richement décorées. Le verre émaillé a joué un grand rôle dans le développement de la verrerie européenne : il est à l'origine de l'intense production de verre qui apparaît à Venise.

Gobelet à décor perlé, doré et émaillé
Syrie, XIIIe siècle.
Paris, musée du Louvre.
Inv. OA6121
© Photo RMN - Jean-Gilles Berizzi

Lampe au nom de Sayf al-Dîn Shaykhû en verre émaillé

MOYEN AGE ET RENAISSANCE
VIIe siècle ap. J.-C.

Les verres islamiques

Les verriers du Moyen-Orient, d'Egypte inventent les « lustres » : ils appliquent sur le verre une peinture à base de poudres de cuivre ou d'argent puis le verre est passé au four pour la cuisson. Les verriers de cette région passent maîtres dans l'art des émaux colorés et des dorures. Les thèmes sont variés et vont des lignes décoratives à la représentation de scènes et de personnages. Une large place est faite à la calligraphie. Cet art a atteint son aboutissement dans les lampes de mosquées richement décorées. Le verre émaillé a joué un grand rôle dans le développement de la verrerie européenne : il est à l'origine de l'intense production de verre qui apparaît à Venise.

Lampe au nom de Sayf al-Dîn Shaykhû en verre émaillé
Syrie ou Egypte, milieu du XIVe siècle.
Paris, musée du Louvre.
Inv. OA7567
© Photo RMN - Hervé Lewandowski

Vitrail représentant Saint Timothée, évêque d'Ephèse

MOYEN AGE ET RENAISSANCE
Xe - XIe siècle ap. J.-C.

Développement du verre de potasse

Un changement intervient dans la technologie du verre : le verre à base de soude est progressivement remplacé par le verre à base de potasse, dans les régions où les forêts prédominent (Bohême, Lorraine, Hesse, Thuringe). On y produit du verre de fougère vert, avec bulles et impuretés. Les régions méditerranéennes restent plus fidèles au verre sodique. Le verre à vitre se développe, notamment avec les vitraux utilisés dans l'architecture religieuse. Le vitrail est obtenu par la technique de soufflage en manchon et les couleurs par l'adjonction lors de la cuisson d'éléments colorants permettant d'obtenir des feuilles de verre de différentes couleurs.

Vitrail représentant Saint Timothée, évêque d'Ephèse
France, chapelle Saint-Sébastien de l'abbatiale Saint-Pierre et Saint-Paul de Neuwiller-les-Saverne, vers 1160.
H. 58 cm, L. 45 cm.
Paris, musée national du Moyen Age - Thermes de Cluny.
Inv. Cl.13335
© Photo RMN - Franck Raux

Grande coupe circulaire sur piédouche en verre calcédoine

MOYEN AGE ET RENAISSANCE
XVe - XVIe siècle ap. J.-C.

L'âge d'or de la verrerie vénitienne

Les verriers vénitiens, installés à Murano depuis le XIIIe siècle, inventent le verre blanc de lait (lattimo) et «le cristalo», verre incolore et limpide comparable au cristal de roche. Le cristal de Venise, verre sodique calcique, fut réalisé par Angelo Barovier. Le verre blanc de lait est un verre opaque à la consistance laiteuse obtenu par l'ajoût de chaux éteinte de plomb-étain. Le verre calcédoine se répand également à Venise au XVe siècle. Il est obtenu par la fusion d'un mélange de calcin de verre opale et transparent, de nitrate d'argent, oxyde de cobalt, potassium et autres sels par étapes successives. Au XVIe siècle, la réputation du verre de Venise atteint son apogée avec ses productions raffinées (cristalo, miroirs) et le savoir verrier vénitien se diffuse rapidement dans toute l'Europe.

Grande coupe circulaire sur piédouche en verre calcédoine
Italie, Venise (?), XVIe siècle.
H. 17 cm, D. 27 cm.
Paris, musée du Louvre.
Inv. R1473
© Photo RMN - Jean Schormans

Médaillon en verre représentant Louis XIV en verre moulé

EPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE
XVIIe siècle ap. J.-C.

Les inventions de Bernard Perrot

Au XVIIe siècle, un verrier d'origine italienne installé à Orléans invente le procédé du coulage de verre en plaque qui consiste à faire couler le verre en fusion dans des moules métalliques plats et à démouler après refroidissement. Ce qui permet de produire des miroirs de grande dimension. C'est grâce au procédé de coulage que Perrot put fabriquer des médaillons de grande taille (40 cm pour les plus grands) représentant des personnages célèbres. Il produit également le verre rouge translucide découvert plus tôt par Kunckel, chimiste allemand (1630-1703).

Médaillon en verre représentant Louis XIV en verre moulé
Bernard Perrot (1619-1709).
France, vers 1680.
H. 37 cm, L. 30,5 cm.
Paris, musée du Louvre.
Inv. OA11378
© Photo RMN - Daniel Arnaudet

Verre sur pied en cristal gravé et taillé à facettes

EPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE
XVIIe - XVIIIe siècle ap. J.-C.

Le succès du cristal en Europe

Au XVIIe siècle, Ravenscroft invente le cristal anglais contenant un fort pourcentage en plomb. Ce cristal appelé «flint glass» ou «lead glass» approprié au soufflage, extrêmement brillant, connaît un énorme succès en Europe. Le cristal de Bohême concurrence désormais la production de Murano. Les artisans verriers de Bohême, profitant de la dureté et de la transparence du cristal, vont tailler et graver le verre comme une pierre précieuse. Sous l'impulsion de Gaspar Lehmann (1570-1622), la technique ancienne de la gravure à la roue, se développe à Prague puis dans l'ensemble des pays germaniques où elle favorisera l'épanouissement du style baroque. La gravure sur verre à l'aide d'un diamant atteint sa perfection en Hollande au XVIIIe siècle. Les motifs sont souvent des branches avec oiseaux, des portraits, des scènes mythologiques. Le verre taillé triomphe en Silésie et en Bohême. Au XVIIIe siècle, le cristal prend son essor en France avec Baccarat (créé en 1764), et Saint-Louis (fondé en 1767) qui met au point pour la première fois en France la technique du cristal au plomb.

Verre sur pied en cristal gravé et taillé à facettes
Décor gravé de paniers de fleurs, rinceaux et coquilles. Jambe à étranglement.
Silésie, XVIIIe siècle.
H. 28 cm, D. 10,5 cm.
Sèvres, musée national de la Céramique.
Inv. MNC27911
© Photo RMN - Martine Beck-Coppola

EPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE
XIXe siècle ap. J.-C.

Mécanisation de la production verrière

La découverte de la soude artificielle marque la première révolution industrielle de la fabrication du verre. La seconde moitié du XIXe siècle est aussi marquée par l'automatisation de la production des récipients en verre et des plaques de grande dimension. Pour les plaques, le laminage paraît la solution la plus appropriée : la matière en fusion contenue dans un creuset est versée sur une surface sur laquelle elle est répartie par étapes successives et de manière uniforme. Une nouvelle technique importée des Etats-Unis en 1840 prend son essor en Europe : le pressé-moulé permet une accélération des rythmes de production et surtout ouvre la voie à l'automatisation de la production des objets creux en verre.

Vase opaline noir

EPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE
XIXe siècle ap. J.-C.

Création des opalines

En adoptant le cristal au plomb et le colorant, les Français obtiennent des cristaux opales plus connus sous le nom d'opaline.

Vase opaline noir
France, atelier Buquoy, XIXe siècle.
Sèvres, musée national de la Céramique.
Inv. MNC1990-2
© Photo RMN - Martine Beck-Coppola

Presse-papiers

EPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE
XIXe siècle ap. J.-C.

Le retour du millefiori

Le verre de Venise redevient à la mode après 1860 avec des techniques comme «le millefiori» (les mille fleurs). Le millefiori est déjà connu dans l'Antiquité sous le nom de verre mosaïque. Il retrouve une grande vogue en France, en Bohême et aux Etats-Unis quand on lance la mode des presse-papiers (milieu du XIXe siècle).

Presse-papiers
France du Nord, vers 1917.
Paris, musée national des Arts et Traditions populaires.
Inv. 675316
© Photo RMN - Droits réservés

Verre Mon coeur avez

EPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE
XIXe siècle ap. J.-C.

La gravure à l'acide

Dans la dernière décennie du XIXe siècle, la cristallerie Daum installée à Nancy adopte une technique qui fera sa renommée, la gravure à l'acide. Apparue au XVIIe siècle, elle ne se développera qu'avec la découverte et l'extension de l'usage de l'acide fluorhydrique. Le verre refroidi est plongé dans un bain d'acide et selon la concentration, les mélanges avec d'autres acides ou avec de l'eau, le temps d'immersion, cela produit des effets de gravure différents. Emile Gallé (mort en 1904), célèbre verrier de Nancy, a lui aussi utilisé la gravure à l'acide sur des verres comportant plusieurs couches de couleurs différentes.

Verre "Mon coeur avez"
Verre coloré soufflé-moulé puis gravé à l'acide.
France, Nancy, cristallerie Daum, fin du XIXe siècle.
Nancy, musée des Beaux-Arts.
Inv. 95.1.32
© Photo RMN - Harry Bréjat

Flacon à odeur soufflé, moulé et ciselé

EPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE
XXe siècle ap. J.-C.

Le verre fabriqué industriellement

Le verre devient incontournable dans l'architecture et se démocratise dans l'usage quotidien dans toutes les couches de la société. Le verre pyrex fait son apparition en 1915. Dans les années 1900-1920, Lalique, artisan bijoutier devenu industriel verrier va donner ses lettres de noblesse aux techniques du soufflé-moulé et du verre pressé. Des produits pour des usages spécifiques se développent : verre trempé, verre feuilleté, verre armé...

Flacon à odeur soufflé, moulé et ciselé
Flacon orné d'un bouchon en or.
René Lalique (1860-1945) (ADAGP).
France, 1902-1905.
Paris, musée d'Orsay.
Inv. OAO1076
© Photo RMN - Christian Jean